A l’Est de l’Europe, le populisme s’enracine

Publié: 21 octobre 2010 dans Perspective historique, Société

Les attaques des hooligans serbes, bras armés de l’extrême-droite, à la gay pride de Belgrade et lors du match Italie-Serbie montrent la puissance de cette force politique dix ans après la chute de Slobodan Milosevic. Les mouvements xénophobes ou nationalistes enregistrent des scores inquiétants à l’Est comme à l’Ouest de l’Europe.

A Vienne, berceau de la social-démocratie, le Parti de la liberté (FPO), fondé par Jorg Haider, a créé la surprise en remportant 27,1% des suffrages aux élections locales. Avec douze points de plus qu’au précédent scrutin, la droite populiste retrouve presque son score de 1996 et devient la deuxième force politique de la capitale. Ce résultat n’est que le dernier d’une longue série de  « victoires » en Europe centrale et orientale cette année. En avril, le parti d’extrême-droite a fait une percée historique en Hongrie en se hissant à la troisième place. Pour la première fois, des députés du Jobbik, créé en 2003, sont entrés au Parlement. Aux élections européennes de juin 2009, l’extrême-droite a réalisé un score à deux chiffres en Hongrie, Autriche, Bulgarie et une performance entre 5 et 10% en Roumanie et Slovaquie.

Les mouvements populistes sont devenus une force politique incontournable. Plusieurs sont parvenus à entrer dans des gouvernements de droite. En Autriche, le Parti de la liberté (FPO) a formé une coalition « noire-bleue » en 2000 avec la droite conservatrice de l’OVP, après avoir obtenu 27% des suffrages aux élections législatives de 1999. En Pologne, les chefs des deux partis d’extrême-droite, Samoobrona et la Ligue des familles (LPR) sont entrés dans le gouvernement en 2006. La droite traditionnelle reprend certaines de leurs thématiques. « Dans les pays de l’ex-bloc soviétique, la nostalgie nationaliste et l’affirmation identitaire s’épanouissent de nouveau », explique Magali Balent, de la Fondation Robert-Schuman, docteur en relations internationales et spécialisée sur les questions européennes. Ainsi, le nouveau Premier ministre hongrois a décidé en juin d’offrir la nationalité hongroise aux minorités magyarophones vivant dans les pays frontaliers. Les magyars rassemblent les Hongrois de Hongrie et les ressortissants. « Or, la réunification de la nation hongroise démantelée en 1920 par le Traité de Trianon, qui amputa la Hongrie des deux tiers de son territoire, passés sous domination roumaine et slovaque, est au cœur de la politique étrangère du parti Jobbik », ajoute Magali Balent.

Cette montée de l’extrême-droite ne se limite pas à l’Europe de l’Est mais touche l’ensemble du continent. Les dernières élections législatives en Suède en sont la preuve. Mais « parler de contagion est exagéré, considère la spécialiste. Il s’agit plutôt d’une persistance de l’extrême-droite depuis les attentats du 11 septembre 2001 ». L’adhésion à l’Union européenne a contribué à son essor en Europe centrale et orientale. Le parti Samoobrona qui se posait en champion des intérêts polonais face à Bruxelles, a obtenu 12% des voix aux élections législatives de septembre 2005. Le parti Ataka en Bulgarie est arrivé en deuxième position à l’élection présidentielle d’octobre 2006 avec 21,5% des suffrages.

Un défi identitaire pour l’Europe

Cette percée ne s’explique pas seulement par des raisons économiques. Elle est révélatrice d’ « une phobie d’une dénaturation identitaire face à la mondialisation et à l’ouverture des frontières ». Ces mouvements manifestent une vive hostilité à l’égard de l’Union européenne. Elle est perçue comme une institution servile, qualifiée de « cheval de Troie du mondialisme ». En témoigne le taux d’abstention record aux dernières élections européennes dans les pays d’Europe centrale et orientale où elle a oscillé entre 71 et 79%. L’élargissement continu inquiète et notamment le débat sur l’entrée de la Turquie. « Les partis d’extrême-droite de ces pays s’appuient tous sur une stigmatisation des minorités nationales (Roms, Tsiganes et Turcs) jugées inassimilables dans des Etats longtemps tenus en sujétion sous l’ère soviétique », précise Mme Balent. En Bulgarie, le leader du parti Ataka est connu pour ses propos violents à l’égard des Roms, il les accuse d’être des « voleurs » et des « paresseux ».

Cet ancrage durable est un défi pour l’Union européenne qui ne peut faire l’impasse d’un débat sur son identité. « Préciser ses frontières et développer sa puissance militaire sont deux moyens d’agir contre l’extrémisme ». Reste à relativiser cette fièvre populiste. Selon l’Eurobaromètre de septembre, 5O% des Européens déclaraient avoir confiance en l’Europe.

Sarah Corbeel

 


Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s