Eclairage : Le Kosovo, un pays à la confluence de toutes les tensions

Publié: 21 octobre 2010 dans Perspective historique

Historiquement, comment peut-on expliquer que la Serbie refuse l’autonomie du Kosovo ?

Les tensions, plus ou moins, latentes opposants la Serbie et le Kosovo prennent leurs racines au Moyen-âge.  L’année 1389 marque un grand tournant dans l’histoire des deux pays. C’est l’année de la bataille de Kosovo Polje, mieux connue sous le nom de Bataille du champ de merles. Cette bataille a une représentation mythique dans la conscience nationale serbe. Au XIXème siècle, la renaissance nationale serbe passe par une exaltation autour de l’histoire de la Serbie médiévale. Le Kosovo, en tant qu’ancien centre politico-religieux de la Serbie à son apogée est alors considéré comme « le berceau de la nation serbe ». La région s’est albanisée et islamisée jusqu’à sa « libération » à l’automne 1912 par l’armée serbe pendant la première guerre balkanique. En août 1945, le gouvernement de Tito proclame une loi spéciale interdisant aux 100 000 Serbes chassés du Kosovo par les Albanais durant la deuxième guerre mondiale de regagner leurs foyers. L’ouverture de la frontière avec l’Albanie conduit des dizaines de milliers d’Albanais à occuper les demeures serbes au Kosovo. Les Serbes dénoncent une immigration massive en provenance de l’Albanie dans la province. Enfin, selon la vision serbe, la question de l’autonomie du Kosovo ne se posait pas puisqu’il disposait depuis la constitution de 1974, du statut de province autonome. Ce qui lui conférait une véritable indépendance de facto avec un droit de veto sur toute loi promulguée par la Serbie. Certains Albanais du Kosovo demandent que leur pays soit une république à part entière alors que les Serbes s’opposent encore à cette indépendance. La minorité serbe s’y trouverait menacée. Le  statut de région autonome fut supprimé par Slobodan Milosevic en 1989. Ce qui provoqua l’ire des Albanais déjà fatigués  par  la politique de discrimination mise en place par le régime yougoslave.

Quel a été le déclencheur  des débordements nationalistes serbe ?

Le 17 février 2008, l’Assemblée nationale du Kosovo proclame officiellement l’indépendance de sa République. Cette déclaration était attendue. La réaction de Belgrade aussi. Le président démocrate Boris Tadic déclare alors que la Serbie ne reconnaîtrait jamais le Kosovo, appelant la population à réagir pacifiquement aux évènements actuels. Quelques minutes plus tard, c’était au tour du premier ministre nationaliste Vojislav Kostunica d’intervenir. Son discours était moins feutré. Tout en appelant au calme face à la proclamation de cet “Etat fantoche”, il désignait comme responsable les Etats Unis et l’Europe. Le cadre était posé.

A Belgrade, des centaines d’hooligans lapident l’Ambassade des Etats-Unis en  scandant “Le Kosovo est la Serbie”. Ils s’attaquent ensuite aux ambassades des pays européens qui s’apprêtent à reconnaître l’indépendance.  La destruction sélective continue avec des mosquées à Belgrade et à Nis.

Le jeudi 22 février au soir, une manifestation organisée par les principaux partis serbes des pays voisins dégénère une nouvelle fois à Belgrade. Parmi les 200 000 Serbes présents, 500 casseurs (hooligans rejoints par des groupuscules d’extrême droite) incendient à l’ambassade américaine et celle de Croatie. Si les tensions se calment ensuite, elle réapparaisent sporadiquement au cours d’évènements sportifs. Hooligans et ultra nationalistes commencent à former un seule et même entité.

Quelle est la composition ethnique et religieuse du Kosovo ?

Le Kosovo compte environ deux millions d’habitants. Le pays est peuplé d’Albanais, environ 90%, musulmans pour la plupart.  Viennent les Serbes, environ 6% de confession chrétienne Orthodoxes.  On  y trouve aussi des Bosniaques, des Roms, des Turcs et des Égyptiens.


Une sortie de crise est-elle envisageable dans un avenir proche ?

Rien ne permet aujourd’hui de la penser. La Serbie refuse de reconnaitre le Kosovo en tant qu’Etat indépendant. Le seul dialogue envisageable concerne des questions techniques concernant le nord du pays majoritairement Serbe. Tous acceptent généralement l’idée d’une certaine autonomie pour cette zone, mais son degré exact n’est pas défini. L’International Crisis Group a récemment remis sur la table l’idée d’échange de territoires de manière à rendre le nord du Kosovo à la Serbie et annexer au Kosovo la vallée de Preševo, majoritairement albanaise. Un échange qui ne pourrait être effectif qu’après un véritable accord.  Ainsi les Serbes résoudraient le problème des Albanais chez eux et les Albanais se libéreraient des pressions du nord-Kosovo. Un scénario envisageable vue l’obligation pour la Serbie de se conformer aux volontés de l’Union Européenne. L’intégration est à ce prix.

Thaïs Brouck

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commentaires
  1. […] PSG et de l’OM, actuellement en Turquie, a suivi une trajectoire différente. Né dans l’actuel Kosovo (revendiqué par la Serbie mais majoritairement peuplé d’albanophones), mais ayant grandi en […]

  2. […] Commentaires récents Dejan Stankovic, une… on Eclairage : Le Kosovo, un pays… […]

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