Et le foot créa la guerre

Publié: 21 octobre 2010 dans Sportifs nationalistes

Il était une fois un match qui reste dans l’histoire. Pas pour un geste technique, un but ou une coupe, juste pour une guerre. Entre la Serbie et la Croatie.


Nous sommes le 13 mai 1990, le Dinamo Zagreb reçoit l’Etoile Rouge de Belgrade dans le cadre du championnat de football de Yougoslavie. D’un côté les Bad Blue Boys (BBB) groupe de supporters de Zagreb, de l’autre les Delije (Braves) de Belgrade. Au milieu le stade Maksimir de Zagreb, transformé en champ de bataille où l’on comptera une soixantaine de blessés. Dans la culture populaire croate, la guerre d’indépendance a commencé ce jour là.

Le contexte d’avant match est lourd. Footballistiquement, les deux clubs se détestent, ils se disputent les titres de champions de Yougoslavie depuis le début des années 80. Politiquement, le stade est assis sur un brasier. Quelques semaines avant le match, la Yougoslavie a organisé les premières élections multipartites de son histoire. Le 6 mai 1990 le HDZ, parti nationaliste croate, de Franjo Trudman remporte les élections au Parlement. Le nationaliste croate a construit sa victoire sur les frustrations croates face à Belgrade et sur la peur du nationaliste serbe Slobodan Milosevic. Sa volonté est de transformer la Yougoslavie en une confédération d’états. En Slovénie et Bosnie, des résultats similaires sont obtenus par les indépendantistes. Le parti communiste ne se maintient qu’en Serbie.

« Zagreb est serbe »

Trois mille Delije ont fait le déplacement à Zagreb. Habituellement dirigés par Arkan (qui se rendra tristement célèbre pendant la guerre avec sa milice « les tigres d’Arkan »), les supporters de Belgrade sont venus sans leur leader, mais sont remontés à bloc. Toute la journée, les groupes les plus durs des deux clubs s’affrontent au centre ville de Zagreb, avant de se retrouver dans le stade. Les Delije entonnent des « Zagreb est serbe » et « Nous tuerons Trudman », puis ils arrachent les sièges et les panneaux publicitaires des tribunes et les lancent sur les Croates. Les BBB s’y mettent aussi, à grands renforts de slogans indépendantistes. Ils tentent de pénétrer sur le terrain pour rejoindre les Delije et les faire taire. La police charge les Croates, ce qui n’a pour effet que de renforcer leur colère, les forces de police étant essentiellement composées de Serbes à cette époque. Finalement les Delije rejoignent leurs homologues sur le terrain et la bataille fait rage pendant près d’une heure. Lorsque le calme revient (ou que les supporters sont expulsés), on dénombre une soixantaine de blessés. Des couteaux et autres armes sont retrouvés sur le terrain à côté de Serbes et Croates gisant dans leur sang.

Zvonimir Boban étale toute sa technique

Les joueurs de Belgrade sont rentrés dans leur vestiaire dès l’envahissement du terrain. Ceux de Zagreb les suivent quelques uns mis à part. Parmi eux, la star et capitaine, Zvonimir Boban. Non seulement il ne rentre pas mais il assène un coup de crampon à un policier qui s’en prend à des supporters croates. Défendu par les BBB il échappe de peu au lynchage de la part des policiers. Ce geste lui coûte sa place dans l’équipe yougoslave qui part à la Coupe du monde italienne un mois plus tard. Mais il devient par la même occasion l’un des héros des nationalistes croates. Quelques années plus tard, le policier lui a officiellement pardonné. Il était bosniaque.

Ce match sonne le glas du championnat de football yougoslave, qui dès la saison suivante sera dissous, puis réorganisé en championnat croate, slovène, bosniaque et serbe. Surtout dans l’esprit populaire croate, ce match a déclenché la guerre de Croatie. Les BBB auraient été les premiers à se lever contre l’oppression serbe.

Yann Butillon

Les supporters :

Le coup de pied de Zvonimir Boban:

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s