La guerre des tribunes

Publié: 21 octobre 2010 dans Hooliganisme, Rivalités

Ils s’appellent les « Croque-morts », la « Horde de l’Enfer » ou encore les « Bad Blue Boys ». Les plus influents sont serbes, croates et bosniaques. Leur crédo: l’affrontement physique et la violence. Dans les Balkans, les groupes de hooligans ont en commun des noms provocateurs, l’un des rares aspects qui les rapprochent. Pour le reste, l’adversité entre eux est omniprésente. Une hostilité à la fois historique et sociologique.
C’est en Serbie que le phénomène prend le plus d’ampleur. À Belgrade, on est soit membre des « Delije » (Mecs) si l’on supporte l’Etoile Rouge, soit « Grobari » (Croque-mort) si on choisit le Partizan. « Un choix qui vous engage à vie », précise Loïc Trégourès, journaliste au Courrier des Balkans, qui écrit une thèse sur les identités sportives et politiques en Yougoslavie.

«Des champs de bataille aux stades»

Depuis quinze ans, les « Mecs » et les « Croque-morts » jouent un rôle politique flirtant avec le nationalisme. Souvent proches de plusieurs groupes criminels, ils contrôlent la rue par la violence. À l’époque de la Yougoslavie de Tito, l’Etoile Rouge de Belgrade était le club de la police. Ses supporters étaient dirigés par un certain Zeljko Raznjatovic, plus connu sous le nom d’Arkan. Ce dernier a enrôlé les plus extrémistes dans les rangs des Tigres, une milice pro-serbe reconnue coupable de nombreuses exactions en Croatie. Le Partizan, c’était autrefois le club de l’armée. La majorité de ses supporters vient de Pancevo, quartier chaud de la banlieue de Belgrade, bombardé par l’Otan en 1999 pendant la guerre du Kosovo.
Les Balkans représentent un terreau favorable à l’expansion du hooliganisme. « Le hooliganisme se développe dans des contextes où il y a un très fort sentiment nationaliste et xénophobe. Depuis la guerre et l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, ces sentiments sont exacerbés dans ce genre de pays », explique Patrick Mignon, chercheur à l’INSEP et spécialiste du hooliganisme.
La présence de hooligans dans les Balkans date de la fin des années 80, avec le voyage des groupes de hooligans anglais en ex-Yougoslavie lors de rencontres de Coupe d’Europe. La mouvance hooligan s’est alors greffée aux groupes de supporters locaux responsables de l’animation dans les stades, les ultras. Contrairement à l’Europe de l’Ouest, où la distinction entre ultras et hooligans est bien marquée, cette spécificité n’est pas présente dans les Balkans.

« Si un supporter adverse attaque un de nos membres, je lui saute dessus »

Cela n’empêche pas l’animosité entre hooligans de clubs rivaux. En Croatie, deux groupes s’opposent. La « Torcida » d’Hajduk Split, le plus ancien groupe de supporters du Vieux Continent, créée en 1950, et ses rivaux du Dinamo Zagreb, les « Bad Blue Boys ». « Mais ces groupes s’affrontent pendant les matchs, c’est tout », explique Loïc Trégourès.  Une spécificité perçue comme un loisir par les intéressés. « Pour moi, se bagarrer au stade, c’est la même chose que sortir un samedi soir. Si un supporter adverse attaque un de nos membres, je lui saute dessus », lâche Jere, leader de la « Torcida », dans le documentaire Hooligans FC.
En Bosnie, les rivalités sont surtout basées sur les chants ou les animations dans les stades, notamment entre la « Horde de l’Enfer » du SK Sarajevo et les « Maniacs » de Zeleznicar.

Bien souvent, la confrontation entre factions adverses dévie sur le terrain politique. À l’image des fans de la « Red Army » du Zelez, l’un des deux clubs de Mostar, en Bosnie. Ces nostalgiques de l’ex-Yougoslavie s’opposent aux nationalistes croates du Zjinski, l’autre club de Mostar.

La guerre terminée depuis une décennie, les tensions n’ont pas disparu. « Avec toutes les divergences politiques du moment, les hostilités entre hooligans ne sont pas prêtes de s’estomper. C’est un problème général à la fois politique, social et sportif », ajoute Patrick Mignon. Un mal profond, presque incurable. Un fléau que les Etats balkaniques ne parviennent pas à régler.

Thibaut Forté

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