En France, virage sécuritaire contre les supporters

Publié: 21 octobre 2010 dans Le hooliganisme en Europe

Des ultras vulgaires, des hooligans violents. Telle est l’image du football français que Brice Hortefeux s’est juré de redorer. Les supporters accusent le ministère de l’Intérieur de transformer les stades en lieux aseptisés.

Le 12 octobre, sous la pression des ultras serbes, le match Italie-Serbie a tourné au fiasco. « Le gouvernement s’est totalement désintéressé du sport et de ses problèmes ces vingt dernières années. Aujourd’hui, la Serbie paie le prix fort pour n’avoir pas su enrayer le hooliganisme de façon rapide et définitive », analysait alors Savo Milosevic, un ancien international serbe. En France, le Ministère de l’Intérieur compte rectifier le tir avant que la situation empire.

Très politisés et engagés dans la vie de leur club, les ultras français préfèrent ne pas jouer aux gros bras pour dire plus de gros mots. « OM, la France t’adule, ici on t’encule. » Le 28 février pourtant, en marge d’un match contre Marseille, un supporter du PSG est décédé alors que les tribunes Auteuil et Boulogne s’affrontaient. De quoi déclencher l’ire ministérielle de M. Hortefeux : « Fous et insupportables doivent être mis hors-jeu ».

Hooligans ou ultras ? C’est du pareil au même pour le gouvernement. Qu’il s’agisse de « comportements violents » ou de « gestes racistes », le mot d’ordre est « fermeté absolue ». Peu importe aussi que les clubs soient privés des ultras, le pôle le plus actif du supportérisme français. Ou que de fervents supporters ne puissent plus animer les kops. En février, Brice Hortefeux affirmait : « S’il faut des tribunes vides, il y aura des tribunes vides. »

L’intransigeance française

Dès septembre 2009, une Division nationale de lutte conte le hooliganisme avait été créée pour assurer la « mise en synergie des forces de l’ordre » déployées dans les stades et aux abords des lieux de rencontre. En février 2010, 14 sections d’intervention rapide ont été mises sur pieds pour « sécuriser les matchs de Ligue 1 et 2 et interpeller les hooligans identifiés grâce à des moyens mobiles de vidéosurveillance ».

La loi sur les bandes violentes du 2 mars 2010 a permis d’augmenter le nombre et d’allonger la durée des interdictions administratives de stade. En octobre, le ministre de l’Intérieur se félicitait : « Sur l’ensemble de la saison 2009/2010, et par rapport à la saison précédente, les interdictions de supporters du Paris-Saint-Germain ont augmenté de plus de 110 %. » C’est aussi sur la base de cette loi que sept groupes de supporters jugés violents ont été dissous par le Premier ministre. Parmi eux, cinq associations des virages parisiens.

La politique répressive du ministère de l’Intérieur se focalise clairement sur les supporters du PSG. Face aux débordements aux abords et dans le Parc des princes, le Paris-Saint-Germain lui-même a publié un manifeste, Tous PSG. « Nous voulons pouvoir venir au Parc en famille, en couple, entre copains. Assister aux matches dans une ambiance apaisée », affirment les actuels 50 204 signataires. Suspension de la vente d’abonnements pour les tribunes de Boulogne et d’Auteuil, placement aléatoire, mesures incitatives au retour des familles… Le plan anti-violence du président du club, Robin Leproux, est pourtant loin de recevoir bénédiction partout.

Le stade « aseptisé »

« Le taux de remplissage du stade n’a jamais été aussi faible depuis 20 ans, déplore Tous abonnés, un regroupement de supporters sur Internet. Cette forte diminution s’explique par la mise à l’écart de plusieurs milliers de passionnés. » Particulièrement visés, les « huis clos préventifs » des matches du PSG. Et, surtout, la décision de la Ligue de football professionnelle d’interdire le déplacement de supporters pour les matchs PSG-OM du 7 novembre et OM-PSG du 19 mars prochain. Déçus, « trahis », les anciens abonnés appellent donc à les boycotter.

Sur Internet, des pétitions de supporters parisiens se multiplient aussi contre la suppression des abonnements dans les tribunes Auteuil, Boulogne et G. « Cela revient à couper le club de son soutien le plus fidèle : 13 000 abonnés sur les 21 000 du PSG. » Quant à changer le nom des virages historiques du Parc des princes, « c’est casser le lien entre les dirigeants du club, les joueurs et les supporters. »

« On crée un stade aseptisé, regrettent les pétitionnaires. Sans chant, sans bruit, sans tribune populaire. » Car une place à l’unité coûte deux ou trois fois le prix de celle d’un abonné. Finies, aussi, les sorties entre amis. Selon les supporters, le placement aléatoire en tribune met fin « à la passion commune ». Ultras, hooligans, amateurs des milieux populaires… « Les temps sont durs, disent-ils, pour tous les supporters. ».

Marie Guitton

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commentaires
  1. sooners18 dit :

    « Car une place à l’unité coûte deux ou trois fois le prix de celle d’un abonné »
    Cette année le prix des places en virages au parc est de 12 euros pour 25 euros la saison passée,donc moins cher qu’un abonnement en virage sur la saison(env. 250 euros).La raison: attirer un maximum de personnes pour remplacer les anciens abonnés.

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