Les arcanes du système Raznatovic

Publié: 21 octobre 2010 dans Hooliganisme en Serbie

Leader du club des supporters de l’Etoile rouge puis président du FK Obilic, Zeljko Raznatovic a été une figure du football serbe dans les années 90. Considéré comme un héros par certains, l’ancien homme d’affaires et politicien est aussi connu pour ses activités de gangster, espion, chef paramilitaire et criminel de guerre. Arkan a fait des hooligans ultranationalistes des guerriers au service de l’ « épuration ethnique » lors des conflits bosniaques.

Arkan et son armée personnelle, les "Tigres"

Cagoulé, body-buildé, vêtu d’un tee-shirt noir orné d’une tête de mort, filmé en train de faire un salut fasciste, Ivan Bogdanov a été arrêté au cours de l’affrontement avec les forces de police lors de la rencontre Italie-Serbie le 12 octobre dernier à Gênes. Derrière les gesticulations du président des supporters du club de football de Belgrade, l’Etoile rouge, plane l’aura de Zeljko Raznatovic, alias Arkan.

Visage poupin, regard rieur, sourire franc, au bras de la star serbe de la pop Ceca, ce dernier, aussi surnommé « Baby face », a été une figure du football serbe. Arkan a aussi ouvert la voie à la violence ultranationaliste dans les stades durant les années 90. Ce « saigneur » de guerre a été assassiné le 15 janvier 2000.

Au service de la « Grande Serbie »

Né le 17 avril 1952 en Slovénie, ce fils d’un officier de l’armée de l’air yougoslave a participé à de nombreux méfaits avant d’être recruté par les services secrets yougoslaves. Arkan est d’ailleurs un des noms d’emprunt utilisés pendant cette période. Il est ainsi devenu tueur professionnel au service de l’Etat. Ce dernier fermait les yeux sur ses activités parallèles. Ses braquages de banques lui ont valu des condamnations en Belgique et aux Pays-Bas.

Ce n’est qu’en 1990 qu’il est désigné président des supporters de l’Etoile rouge, les « Delije ». Avec la bénédiction des services de sécurité car le pouvoir serbe a compris l’influence de ces groupes et l’intérêt de contrôler les tribunes. Ces « Lascars » défendent l’idée d’une « Grande Serbie » et aident parfois à la répression des manifestations de l’opposition. Les « Delije » ont ainsi été recrutés par Arkan pour constituer la Garde des volontaires serbes, groupe paramilitaire créé en octobre 1990.

La milice participe à l’ «épuration ethnique », probablement sous les ordres de Slobodan Milosevic, lors des guerres bosniaques à partir de 1991. L’ancien bandit se change en « saigneur » de guerre. Dès le début du conflit, il installe son quartier général à Erdut en Slavonie. Son équipe acquiert une réputation de guerriers sanguinaires à Vukovar où ils exécutent des centaines de patients de l’hôpital. L’image de Zeljko Raznatovic, posant avec un jeune tigre et les soldats de son armée privée, donne son nom définitif au groupe, devenu les « Tigres d’Arkan ». Ils profitent de leur présence dans la région pour mettre en place un trafic d’essence et d’alcool, à l’origine de la richesse de « Baby face ». Ils poursuivent parallèlement les pillages, viols et assassinats de civils et d’enfants jusqu’au Kosovo.

Poursuivi pour crimes de guerre

En se lançant dans les affaires après la guerre, Arkan lave sa réputation en même temps qu’il blanchit son argent. Il se fait construire un palais en face du stade de l’Etoile rouge. Il tente également une reconversion dans la politique. Elu député du Kosovo au Parlement belgradois en décembre 1992, il ne mène pas son Parti de l’unité serbe à la victoire aux législatives. L’ancien chef de guerre achète en 1995 le club de football FK Obilic, du nom de celui qui a tué le sultan turc lors de la bataille de Kosovo Polje en 1389. Equipe située entre la troisième et la quatrième division à son rachat, elle devient championne de Yougoslavie trois ans plus tard.

Un mandat d’arrêt international met fin à cette nouvelle vie sous les projecteurs, symbolisée par son mariage glamour avec la chanteuse populaire Svetlana Velickovic. Louise Arbour, procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie de La Haye, révèle le 31 mars 1999 qu’Arkan fait l’objet d’un mandat d’arrêt international pour crimes contre l’humanité. L’information est tenue secrète depuis septembre 1997. Cela ne l’a pas empêché de piloter à distance ses « Tigres » lors de la guerre au Kosovo. Assassiné le 15 janvier 2000 dans le hall de l’Hôtel intercontinental de Belgrade, il n’a pas pu être jugé ni témoigner au procès de Slobodan Milosevic. Les responsables du meurtre n’ont pas été retrouvés.

Pour beaucoup de Serbes, Zeljko Raznatovic reste un héros et un modèle. Lors du dernier match Italie-Serbie, les ultranationalistes ont appelé à « tuer les Kosovars » en brûlant le drapeau albanais.  Avec Ivan Bogdanov en fils spirituel, les hooligans forment la nouvelle « génération Arkan ».

Kathleen Plaisantin

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