Une réaction affective, pas un nationalisme

Publié: 21 octobre 2010 dans Société, Sociologie

Des Serbes brûlent le drapeau albanais au cours d'une manifestation contre l'indépendance du Kosovo en 2008

Des hooligans aux parlementaires, tous les Serbes se rejoignent dans la défense de leur identité. Ni combat idéologique ni lutte politique, il s’agirait en fait d’une émotion élémentaire…

Le 12 octobre dernier à Gênes, la fierté nationale serbe s’est transformée en passion nationaliste. Les supporters qui ont fini par faire arrêter la rencontre entre l’Italie et la Serbie ont rappelé l’existence de leur pays à l’Europe. En menaçant leurs homologues transalpins parce qu’en 1999, l’Italie avait participé au bombardement de Belgrade par l’OTAN, ils sont passés pour des extrémistes.  En brûlant ensuite un drapeau du Kosovo dans les tribunes encerclées par les carabiniers, ils se sont mués en ultranationalistes. L’image est déplorable mais elle rejoint quelque part celle qu’on offert leurs élus quelques jours plus tôt au Parlement de Serbie.

Alors que le 31 mars dernier, ces derniers s’excusaient pour le massacre de 8 000 Bosniaques à Srebrenica en 1995 (l’acte le plus sanglant de la guerre de Bosnie), les députés de la seule chambre parlementaire du pays ont tenu à rappeler 7 mois plus tard que les Serbes avaient eux aussi été victimes d’exactions. Le 15 octobre, soit trois jours après le match arrêté, l’Assemblée a donc « condamné les crimes commis contre les ressortissants serbes » au cours de la guerre en  ex-Yougoslavie. Une précision d’importance et un message fort adressé à la communauté internationale. En pleine séduction de l’Union européenne, la jeune Serbie entend ainsi démontrer qu’elle n’est peut-être pas prête à tous les sacrifices pour quelques strapontins à Strasbourg.

Rien n’est construit

Ces deux événements sont là pour illustrer un constat : qu’ils soient modérés ou extrémistes, les Serbes sont tous unis quand il s’agit de défendre leur nation. Un chauvinisme surprenant quand on sait que la Serbie en tant que telle n’existe que depuis quatre ans, et que la nation serbe, chantée depuis le XIXe siècle, ne s’est réellement émancipée qu’à la chute de Tito, en 1980. « En France, on appelle cela nationalisme mais là-bas c’est autre chose, éclaire Dejan Dimitrijevic, maître de conférences en sociologie-anthropologie à l’Université de Nice. C’est plus l’attachement à des traditions et à des préoccupations communes qu’une véritable histoire identitaire. » En clair, le réflexe national serbe tient plus de l’affect que d’une vraie construction historique. « Pour façonner un nationalisme idéologique, il faut partir d’une situation et établir des repères, poursuit le sociologue. Or rien n’est construit. Il n’y a pas de repères politiques, culturels ou historiques. Tout ce qu’on exhibe, ce sont des mythes. »

Un reportage de la radio suisse romande sur le commerce d’icones nationalistes

La bataille du champ des Merles par exemple. Cet affrontement de l’an 1389 qui aurait vu des chevaliers serbes opposer une fière résistance à l’armée ottomane avant de plier et céder le terrain du Kosovo Polje (champ des Merles en serbo-croate) aux Turcs. Si la véracité du combat n’a jamais été vérifiée, les Serbes considèrent aujourd’hui le champ de bataille comme le berceau de leur peuple. C’est d’ailleurs pour cela que la non-reconnaissance du Kosovo est un ciment national.

 Le parcours politique de Tomislav Nikolic, l’ex-leader du parti ultra national, suffit à le démontrer. Celui-ci vient de fonder une nouvelle formation à la fois pro-russe et favorable à une intégration européenne. Loin du repli identitaire.

Romain Bely

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